Éditions RE:VOIR (France)

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Jean-Jacques Lebel

Les Avatars de Vénus (DVD)





Jean-Jacques Lebel ' Les Avatars de Venus ' (Cover Detail)



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Jean-Jacques Lebel ' Les Avatars de Vénus '



Le film de Jean-Jacques Lebel, Les avatars de Vénus, pose frontalement et effrontément une question sérieuse, qui n’est scandaleuse que pour les sots : la femme est-elle une forme ? Depuis longtemps, les éthologistes ont répondu, du point de vue de ce qui constitue, chez la femme, le déclencheur du désir sexuel de l’homme : les contours de la croupe et, secondairement, ceux de la poitrine. Avant cela, en créant Betty Boop, ce dessin de femme animé, cette forme charmante et provocante, les cartoonists américains Max et Dave Fleischer, avaient aussi donné leur réponse. Et depuis toujours, ne parle-t-on pas communément de « formes féminines » ? Le film de Jean-Jacques Lebel apporte une illustration magistrale et jubilatoire mais, l’air de rien, de clin d’œil en clin d’œil, il dit plus encore, comme par exemple ceci : la femme en tant que forme persiste à travers les différents registres de la représentation, les différents moyens d’expression, les différents niveaux d’inspiration, depuis les Vénus de la préhistoire jusqu’aux pins-up des calendriers pour camionneurs, depuis les chefs-d’œuvre des plus grands peintres du passé jusqu’aux clichés pornographiques des sex-shops, depuis la sculpture primitive jusqu’aux créatures en imagerie de synthèse, en passant par la photographie et le cinéma, sur tous les continents, dans toutes les cultures. La « forme-femme » résiste à tout. En fait, elle était là avant tout : de la forme, la femme est la naissance, comme du monde, elle est l’origine. C’est dans cette forme, au fond, que tout s’est passé. C’est de là, au fond, que toutes les autres formes viennent. L’Histoire autant que l’histoire de l’art, se constituent et se développent autour de l’attraction et du désir, suscités par cette forme, par la forme de ce corps, par l’enveloppe de cet être, avant tout. Il y a, au fond, à l’origine, ce devenir-forme de la femme, ce devenir-femme de la forme. Depuis le fond des âges, jusqu’au fond des yeux, cette forme ne cesse de se moduler, de se perpétuer, de faire varier ses contours sans cesser d’être le signe unique : elle s’étire avec Cranach, elle se remplit avec Rubens, elle se reporte de corps en corps, et l’Histoire la nourrit ou lui impose la diète, elle se transfère d’image en image, et la main de l’artiste la retouche pour mieux la toucher. Cette forme se déforme pour se reformer, et elle résiste, elle se maintient, jamais elle ne se transforme. Modèle de l’artiste, la femme modèle l’histoire des formes. Le contour de cette forme, variablement modelé par l’imaginaire, enveloppe tout, et l’imaginaire lui-même est à l’intérieur d’elle, contenu par elle. De cette enveloppe, de cette forme autour d’un fond de nuit, de cette forme-fond, entre la forme et le fond, le passage secret, qui n’en interrompt jamais la ligne, est une fente. C’est cela que nous dit ce film, sans aucune parole, c’est-à-dire avec l’éloquence supérieure des images, à la fois fixes comme le fantasme, et plastiques comme l’imagination.

Alain Fleischer





Jean-Jacques Lebel ' Les Avatars de Vénus '

Jean-Jacques Lebel’s film, Les Avatars de Vénus (Venus’s Avatars), poses both head-on and cheekily a serious question, one that will shock only idiots: Is woman a form? For a long time, ethnologists have answered this question, from the standpoint of what constitutes, in woman, the trigger for man’s sexual desire, by pointing to the shape of the bottom and, secondarily, to the outline of the bosom. Before then, with the creation of that charming and provocative form, the female cartoon character Betty Boop, the cartoonists Max and Dave Fleischer had also given their response. And from time immemorial, has not one always talked about the “female form”? Lebel’s film offers us a magisterial and jubilatory illustration of this form. Yet it does so in an unassuming way. And from wink to nudge, it tells us still more, such as the following: Through different styles of representation, various means of expression, and varying levels of inspiration, woman qua woman endures. She persists, from the Venuses of prehistory to truckers’ calendar pinups, from the masterworks of the greatest painters of the past to the cliched pornographic images of sex shops, and from primitive sculpture to the creatures of computer-generated images, passing by way of photography and cinema, on all continents and in all cultures. The “woman-form” resists all and in fact was there before anything else: of form, woman is the birth; like the world, she is the origin. It is in this form, at bottom, that everything has occurred. It is thence, at bottom, that all other forms come. History with a capital “H” as much as the history of art is enacted and develops around attraction and desire; they are both aroused by this form, by the form of this body, by the envelope of this being, before anything else. There is at bottom, at the origin, this becoming-form of woman, this becoming-woman of form. From the depths of time to the depths of our eyes, this form has never stopped adapting, perpetuating itself, and varying its contours while remaining a single and singular sign: it stretches out with Cranach, fills out with Rubens, and switches from one body to another. History stuffs it or puts it on a diet as it shifts from image to image, and the hand of the artist touches it up, the better to be able to touch it. This form is deformed so as to be reformed. It resists change and maintains its form. Never is it transformed. Model for the artist, woman models the history of forms. Variably modeled by the imaginary, the contour of this form envelops everything, and the imaginary realm itself lies within it and is contained by it. Of this envelope, of this form surrounding the depths of darkness, of this ground-form lying between form and ground, the secret passageway, which never breaks its line, is a slit. That is what this film is telling us, without a word--that is to say, it speaks with the greater eloquence of images, which remain as fixed as one’s phantasm and as plastic as the imagination.

Alain Fleischer
Traduction de David Curtis



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