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18 DéCEMBRE 2002 21H00
Espace Croix-Baragnon - Toulouse - 24 rue Croix-baragnon - Toulouse métro esquirol
Invitation (1) à Marco Brizzi de iMage (IT) Curateur du Festival "Beyond Media "
"www.architettura.it/image
image@architettura.it
En présence de Marco Brizzi
Programme : Architectures Hybrides"
Programme issu du festival "Beyond Media/Oltre I Media" de Florence en Italie.
«Architectures Hybrides» Programme architecture en vidéo.
Le festival «Beyond Media» traite du développement des outils de communication en architecture. Ses principaux objectifs sont de tenter de comprendre et de rendre visible des initiatives et des travaux dans le but de cerner le rôle joué aujourdhui en architecture par les technologies du numérique.
Les médias ainsi que les nouvelles technologies visuelles jouent un rôle crucial dans les processus de production et de communication en architecture ; ainsi est-il aujourdhui nécessaire, de reconsidérer ce rôle de manière beaucoup plus critique et ceci afin d'établir de nouvelles stratégies.
La projection sera suivie dune discussion avec Marco Brizzi.
Marco Brizzi est curateur du Festival "Beyond Media/Oltre I MEdia".
"www.architettura.it/image
image@architettura.it
Programme -> avec lavènement du numérique, le projet architectural va redéfinir ses propres domaines d'intervention, ses propres modalités de développement. L'instabilité produite par les systèmes numériques sur les méthodologies de conception et de production architecturale, va se traduire par des oeuvres qui tentent dinterpréter notre condition contemporaine.
Interpretations digitales
- A.polis + Ken Zimmerman (2 Form), In Praise of Silence, ITALY 2002, 4'15''-
- Lars Spuybroek - (NOX), "Soft City", THE NETHERLANDS 1993, 7'
- UN Studio Van Berkel & Bos, "Moebius house", THE NETHERLANDS 1999, 6'
Entre projet et visualisation
- Archimation, "Lehrter Bahnhof Berlin", DEUTSCHELAND 2000, 5'50''
- Tapio Snellman, Christian Grou (neutral), "Football Stadium Munich", (architecture by Herzog & De Meuron). UK 2001, 1'32''
- Tapio Snellman, Christian Grou (neutral), "Cincinnati Center of Contemporary Arts", (architecture by Zaha Hadid), UK 2001, 113''
- Tapio Snellman (neutral), "JVC Hotel, Guadalajara", (architecture by Zaha Hadid), UK 2001, 1'42''
Vers une architecture numerique ?
- 2A+P, "BUBBLE HOUSE", ITALY 2000, 5'- Kas Oosterhuis (Oosterhuisassociates), "transPORTs2001", THE NETHERLANDS 1999, 4'30''
Le produit de communication
- Bernhard Franken, Tino Kubitza (ABB Architekten), "driven", GERMANY 2001, 5'00''- 5+1 architetti associati, "Punto BREIL Mood Book", ITALY 2001, 6'03''
"16 Hours" dbox and Diller + Scofidio with Matthew Johnson (architecture by Diller + Scofidio), USA 2001, 11'00"
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tarifs plain : 3 euros/réduit 1,50 euro
18/19 DéCEMBRE 2002 de 10-18h entrée libre
Espace Croix-Baragnon - Toulouse - 24 rue Croix-baragnon - Toulouse métro esquirol
Invitation (2) à une carte blanche à Marco Brizzi de iMage (IT) Curateur du Festival "Beyond Media" www.architettura.it/image
image@architettura.it
Architectronic
architecture en vidéo, environnement, et écologie (projection architecture en vidéo) et musiques nouvelles (?)
annexia est toujours à la recherche d'une salle désireuse d'accueillir la soirée architectronic : -> info@annexoa-net.com
. Ecologie et environnement
Le renouvelement de la sensibilité dans lélaboration de projets architecturaux va entraîner une recherche de nouveaux moyens dinterprétation de l'environnement ; ceci par létablissement de relations conscientes avec le territoire et grâce à une volonté de redéfinition des seuils de comparaison avec l'espace de relation et dinfluence, produits par l'architecture contemporaine.
visions radicales :
- Superstudio, "Cerimonia", Italie 1972, 13'
- F. Monaco, S. Muscolino (Cliostraat), "Moto perpetuo", Italie, 1999, 9'
- G. Bombaci, A. Grasso (nicole_fvr), "DERMA. The Organic Fusion", Italie, 2001, 8'40''
environnement urbain :
- David Ellsworth, Stephen O'Dell, "Hazlo Por Cuba", USA, 2001, 13'33''
- Francisca Benitez, "Sukkah", USA 2001, 12'00''
- Iara Lee (Caipirinha Productions), "Monumental Minimalism", USA 2000, 1'50''
- Eduardo Arroyo, Francesco Monaco, Simone Muscolino, "Paisajes en el bolsillo", (architecture by NO.MAD Arquitectos), Espagne, 2002, 12'35''
autour de la ville :
- Fiona Meadows, Fréderic Nantois, "per-AC", France, 1998, 10'
- [Sinus_3], "Living in the city", Pologne, 2000, 7'41''
le projet, des interpretations :
- Bernard Franken (ABB Architekten), "The IAA 99 Project. Post Natural Design. Frankfurt Motor Show 1999. Pavilion for BMW", All, 2000, 5'
- Vincent Geisel, "Desert Terminal - The Tumbleweed Experience", All, 2001, '51''
- Yann Cosmao Dumanoir, "Helium", France, 2000, 10'19''
- Dean Di Simone (KDLAB), "Desert House", USA 2001, 2'00''
Espace Croix-Baragnon - Toulouse - 24 rue Croix-baragnon - Toulouse métro esquirol
Invitation à Marco Brizzi de iMage (IT) Curateur du Festival "Beyond Media "
En présence de Marco Brizzi
"Gratuit
19 décembre 2002 21h00
espace vks - 24 rue de la bourse - 31000 toulouse - métro esquirol
soirée en collaboration avec l'espace vks in kust/wet - focus sur la création belge -
infos sur Kunst Wet : www.volksystem.org
programme :
JOHAN GRIMONPREZ
Dial HISTORY
Art vidéo - 60' - béta - coproduction: Centre Georges Pompidou / Musée national d'art moderne / Kunstencentrum STUC / Université de Louvain - avec la participation de: Documenta X / Ministère de la Culture Flamande / Muestra Internacional de Vidéo (Cadiz) / Klapstuk 97 (Louvain) / Jan Van Eyck Akademie (Maastricht) - avec le soutien technique de: AVID Belgium / SONY Germany

'Still Dial History' 'Planes'
Entretien avec Johan Grimonprez-
Beware! In playing the phantom, you become one (Attention! en jouant au fantôme, vous en devenez un) est une vidéothèque mobile composée de films, de documentaires, de clips, de publicités, de feuilletons et de séries. Quels critères sont appliqués dans la préparation du programme vidéo?
-Le programme, établi par Herman Asselberghs et moi-même, est basé à la fois sur un branchement local et les possibilités offertes par le contexte de la présentation. Par exemple, au Centre Georges Pompidou, la sélection vidéo comportait une partie titrée "Les Français chez eux". De plus, la collection vidéo n'est pas systématiquement réutilisée. A Berlin, la sélection était organisée autour de la métaphore d'une maison volante que nous avons tirée du film Le magicien d'Oz. D'où le titre de la vidéothèque: "Dorothy Doesn't Live Here Anymore" (Dorothée n'habite plus ici). Dial H-I-S-T-O-R-Y était lié au récent détournement d'avion Air Force One, une autre sorte de maison volante. En plus, nous avons ajouté une section de films catastrophes des années 70 tels que Airport, ainsi que des publicités de compagnies aériennes. Cependant, il existe différentes sortes de programmes et de modèles de vidéothèques. Le mécanisme lui-même évolue. A Genève, la vidéothèque a été présentée dans un hôtel. A Berlin, elle a été installée dans une maison située sur l'ancienne frontière est-ouest. J'ai également mis une partie de ma collection privée de livres à la disposition du public. En général, j'aime les endroits qui prolongent le contexte de la pratique d'un art. En septembre prochain, la vidéothèque sera présentée dans une prison, en Allemagne.
-Pendant Documenta, le site Web permettait d'avoir une appréciation différente de l'organisation des vidéos. Elles pouvaient être déplacées dans le système que vous aviez installé, et les liens hypertextes permettaient de passer des références et des commentaires aux films.
-Oui, les deux se complètent. La vidéothèque offre les mêmes possibilités d'association et d'imbrication que le Web, mais dans une version moins perfectionnée. La cassette VHS est un support domestique, nostalgique, facile d'accès et s'associant très bien à une tasse de café! C'est en fait la différence entre l'environnement créé dans notre vidéothèque et Internet. En effet, en termes de facilité d'utilisation et de convivialité, lorsqu'un spectateur choisit une cassette en particulier, il établit son propre programme, il devient le conservateur.
-Pouvez-vous expliquer la signification du titre: Beware! In playing the phantom, you become one (Attention! en jouant au fantôme, vous en devenez un)?
-Si "fantôme" est interprété comme un "média", vous avez l'idée que chaque personne construit son propre média une fois qu'elle commence une collection de vidéos, car elle établit des liens intertextuels entre les films. A la maison, le salon peut devenir un lieu de résistance, un lieu permettant de prendre une distance critique vis-à-vis du média principal, démontrant ainsi que le spectateur n'est jamais un consommateur passif. Dans le cas de Beware!, la résistance provient de l'interrogation sur ce qu'est un média: c'est aussi mobile et évolutif. Je pense que c'est là qu'on peut offrir une conscience critique, lorsqu'on l'opère de l'intérieur.
-Votre film Dial H-I-S-T-O-R-Y est basé sur votre expérience avec la vidéothèque. Ce film avait-il pour but de démontrer un moyen de se réapproprier et de lier les sources, à partir d'un sujet choisi arbitrairement - un détournement d'avion, par exemple - ou aviez-vous déterminé le sujet dès le début, qui à son tour a déterminé la forme?
-En fait, il y a plusieurs éléments dans ce projet. Le thème du détournement d'avions peut être envisagé comme une métaphore du détournement d'images en dehors de leur contexte, comme dans le projet de la vidéothèque. C'est à la fois un plaisir iconoclaste accessible au spectateur et une stratégie esthétique sur laquelle le film est basé. D'un côté, il y a les images que j'ai détournées afin de provoquer un débat, d'un autre, il y a les événements que je situe dans leur contexte historique, en précisant le lieu et la date, mais un peu comme le fait CNN, par exemple, qui est déjà engagé dans une recontextualisationen transformant la narration en feuilleton à l'eau de rose ou en intercalant des publicités entre chaque sujet. Cela situe aussi la complicité entre l'histoire et la télévision en termes de ligne temporelle spécifique: l'évolution de la représentation des détournements d'avions à la télévision. C'est pour cette raison que mon film débute par le premier détournement d'avion retransmis en direct à la télévision. Puis on trouve deux niveaux de commentaires sur les images: une narration fictive tirée d'extraits des romans Mao II et White Noise de Don DeLillo, dans lesquels on assiste à une discussion entre un terroriste et un romancier, puis bien sûr un commentaire personnel plus critique.
-Existe-t-il un lien entre la manière dont la vidéothèque est installée et l'écriture spécifique du film, dans le montage et l'utilisation d'archives ou de documents extérieurs?
-Il y a plus qu'un simple métrage d'archives, même si cela représente la plus grande partie du film. Certaines des séances sont des scènes intimes que j'ai filmées avec ma propre caméra: les pièces dans lesquelles je vis, mes voyages - un investissement en termes autobiographiques. Le point de départ était à vrai dire une histoire personnelle, l'idée de dire au revoir, que j'ai confrontée à une image politique plus large. Le thème du détournement d'avion est seulement une métaphore permettant de parler d'autre chose et Dial H-I-S-T-O-R-Y est en fait lié à plusieurs axes, tout comme la vidéothèque.
Il s'agit d'une analyse des détournements d'avion et du terrorisme, accompagnée d'un thème sous-jacent de la maison, de l'appartenance. Lorsque Leila Khaled renomme l'avion, elle détourne l'état indépendant de Palestine, elle demande symboliquement un foyer pour une nation entière. Il s'agit également de l'image récurrente, dans le Magicien d'Oz de la tempête qui transporte la maison de Dorothée sur l'arc-en-ciel, que j'ai développée différemment comme un thème de la vidéothèque au bureau Friedrich à Berlin. Les deux illustrent la transgression violente d'une frontière pour atteindre le monde de l'utopie. La maison, lieu de rassemblement de la famille, est totalement absorbée, on pourrait même dire détournée, par la télévision, qui est devenue un membre permanent de la famille. La culture catastrophe a emporté la maison sur l'arc-en-ciel! C'est cette relation intime qui peut être maintenue grâce à la télévision que je souhaite étudier. En ce qui me concerne, j'assimile ces images et elles m'appartiennent comme si je les avais filmées. Cette sorte de schizophrénie est en chacun des spectateurs. Seule une approche critique peut nous sortir de cette schizophrénie, c'est ce que j'ai voulu démontrer avec la vidéothèque. Nous sommes toujours à l'intérieur et à l'extérieur, bien qu'il n'y ait aucune distance dans notre manière de regarder les images. C'est ainsi que la mémoire fonctionne.
-Il est vrai que certaines des images de Dial H-I-S-T-O-R-Y sont les plus spectaculaires jamais vues à la télévision. Le crash de l'Airbus durant un vol de démonstration fait partie de notre répertoire visuel. Dans votre film, vous nous rappelez qu'il existe de nombreuses manières de regarder l'amont et l'aval des faits: circonstances politiques et sociales, etc.
-En fait, tandis que les faits de politique globale envahissent notre maison, nous ne sommes pas placés à distance dans l'expérience individuelle que nous avons de ces événements. Ces images font partie d'une perspective commune et en même temps nous appartiennent individuellement. Dans cette relation entre l'individu et l'image, nous devons aussi prendre en compte l'aspect changeant de l'apparence de la télévision: l'accélération du flot d'images, le passage du film à l'apparition dramatique de la vidéo dans les années 80 et, en même temps, l'arrivée des informations permanentes 24 heures sur 24 sur CNN, par exemple. Notre relation avec l'histoire et la réalité a, par conséquent, changé, principalement à cause de ce présent permanent. Notre relation avec la mort et sa représentation a aussi changé. Pour faire une allusion ironique à l'effondrement de la distance entre le spectateur et la télévision, je cite, dans le film, un survivant du crash du Boeing Panama à Lockerbie, qui dit: "J'étais en train de regarder 'This is Your Life' lorsque l'avion s'est crashé et je me suis cogné dans l'écran de télé, la tête la première."
-Toutes les images qui peuvent être identifiées comme absurdes, obscènes, drôles ou dramatiques sont à distance à la fois dans le montage et dans l'ajout de musique, en contraste avec la surdramatisation à laquelle nous sommes habitués à la télévision.
-Je déteste l'idée d'être didactique. On a déjà comparé mon film à Société du spectacle de Guy Debord, qui équilibre aussi les images au moyen d'une voix off, plutôt sèche. Dans Dial H-I-S-T-O-R-Y, il était précisément important d'explorer le phénomène de l'identification et du plaisir, pour pousser le spectateur à adopter une distance critique et, en même temps, à s'investir et assumer son propre voyeurisme. Comme la femme japonaise qui attend son mari à l'aéroport et qui est suivie par la caméra durant un long moment. C'est une sorte de voyeurisme du voyeurisme. Je pense que le corps intime, comme le décrit Foucault, est complètement sous contrôle. La publicité a pénétré le corps et l'a rendu totalement transparent. Il est exposé à chaque détail microscopique, et suivi en permanence par des appareils de surveillance omniprésents, qu'il s'agisse de la caméra ou des rayons X, et nous nous conformons à cette surveillance inquisitrice.
Notre désir de désastre absolu est un des aspects de notre relation avec la mort. Dans celle-ci, le média est devenu l'élément clé, exacerbant complètement le spectacle terroriste. Dans la dernière séquence, le film démontre la complicité de la télévision avec la mort: un reporter brandit un micro devant le visage du preneur d'otage, à Léningrad, qui a une balle dans l'estomac, jusqu'à ce qu'on assiste à sa mort en direct. L'homme n'est même pas capable de répondre à la question et d'expliquer pourquoi il a pris ces gens en otages. La dernière déclaration sur le terrorisme: silence, il n'y a rien à ajouter. Cette image a choqué les gens mais la fin de la séquence montre comment le média est laissé seul face à lui-même. C'est "post-cynique".
-Grâce à ce détournement, on peut lier les images dans la ré-écriture, il s'agit virtuellement de fictionalisation, ayant pour protagonistes Castro ou Clinton, en passant par des héros, tels que Leila Khaled. La réalité est devenue fiction, déjà, dans la manière dont le média la traite, et aussi dans la manière dont vous la traitez vous-même.
-En fait, l'information s'est approprié les codes utilisés dans l'industrie des films de fiction, tout comme Hollywood s'est approprié les images sauteuses et les caméras tremblantes pour filmer un tremblement de terre ou une attaque militaire, et produire ainsi un effet réaliste. La télévision et le cinéma s'échangent leurs stratégies d'esthétique. CNN et les autres chaînes utilisent aussi la musique pour renforcer le côté dramatique de leurs sujets. Le montage des informations télévisées est basé sur cette fictionalisation. Inversement, les événements dramatiques que nous vivons au quotidien perdent leur crédibilité car aucun violon ni aucune vision dramatique ne vient renforcer l'événement. Bientôt, seul Hollywood réussira à nous faire couler les larmes des yeux!
-Le titre Dial H-I-S-T-O-R-Y illustre cette invitation à réécrire et réinterpréter l'histoire.
-Effectivement, et en rendant cela possible grâce à un simple numéro de téléphone, pour me moquer de tous les services téléphoniques disponibles actuellement. De nos jours, nous sommes pris dans un jeu consistant à regarder une histoire en termes réels. Peut-être qu'un jour, nous pourrons commander un chapitre d'histoire et choisir une fin différente! L'exemple de Wag the Dog montre l'opposé de ce qui arrive habituellement: la fiction anticipe les événements réels. Dans cet exemple, un président invente une guerre pour éloigner les médias de sa vie privée. Hollywood a été plus rapide que la réalité! L'autre aspect est que Sadam Hussein a fait diffuser Wag the Dog sur la chaîne de télévision nationale irakienne. Cela donne lieu à un jeu d'appropriation du média et de visualisation plus profonde des événements.
-La métaphore du détournement est un commentaire sur la réécriture et la déprogrammation des images dans le but de recontextualiser leur signification. Les terroristes tentent à leur manière de changer la direction des événements. Cela mène plutôt à la réflexion, comparé au montage.
-Oui, le film renvoie l'image de cette stratégie. Il reflète aussi l'idéologie du zapping, qui peut être une forme extrême de poésie, allant beaucoup plus loin que le collage. La Guerre du Golfe a été une grande source d'inspiration pour moi: c'était un vrai spectacle, avec des images de mort accompagnées de ketchup. Il ne manque que les éclats de rire et les applaudissements. Comment des images de mort peuvent-elles être entrecoupées de publicité? CNN a transformé les informations en marchandise. Dans mon film, on voit l'image d'un homme poussé en dehors d'un avion Iranair sur la piste de Larnaca, à Chypre, puis apparaît un écran noir sur lequel figurent les mots: INSERER LA PUBLICITE ICI. C'est une séquence que j'ai prise telle quelle. C'est une rupture dans la signification, une chose comme Brecht aurait pu en produire. A mon avis, cela reflète le mélange de deux traditions: d'un côté, la fictionalisation et la dramatisation de l'histoire que l'on trouve chez Eisenstein, de l'autre côté la présence de la caméra dans l'image, comme chez Dziga Vertov, qui révèle l'idéologie du média.
-Existe-t-il un lien entre le visage du terroriste et celui de l'artiste? Le terroriste représente une sorte d'engagement absolu pour défendre une idée, et un commentaire dans le film dit "ce que les terroristes gagnent, les romanciers le perdent ".
-Je ne veux pas négliger la signification du terrorisme en termes politiques. Je cite Don DeLillo qui compare la position du terroriste dans la vie publique à celle de l'écrivain, qui n'a plus la même valeur qu'au siècle dernier. DeLillo insinue que le terroriste a remplacé l'écrivain dans la société, ce qui est vrai, particulièrementparce que les terroristes savent manipuler les médias. Mais on assiste à une autre discussion sur les ruptures idéologiques des années 60 et 70 et sur l'héritage des projets utopiques et révolutionnaires qui ont implosé dans les années 80. La phrase que vous citez est aussi comme une provocation, mais j'ai toujours voulu le faire d'une manière contextuelle, non abstraite, la reliant ainsi à des images historiques. Le terrorisme en Palestine aujourd'hui et celui des groupes d'extrême droite aux Etats Unis n'ont certainement pas la même signification.
-Mais, à certains moments, vous prenez position, dans le montage ou les commentaires, sur des différences politiques, bien sûr, mais aussi sur des différences sociales et culturelles qui mènent l'Occident à s'opposer tête baissée aux minorités d'ailleurs.
-Certes, mais le terme terroriste est maintenant dépourvu de signification dans sa relation avec les médias. Le jeu du pouvoir global s'est approprié ce mot dans une mascarade mondiale. Reagan a tourné ce jeu à son avantage. Un jeu avec des revers de médaille obscènes étant donné la quantité d'informations données sur la mort d'un Américain lors d'un vol de la TWA en 1987 à Beyrouth, et, en opposition, le silence sur la politique de Reagan en Amérique Centrale, où des millions de gens sont morts. Cette spectacularisation des événements est utilisée pour masquer l'hypocrisie et la merde qui se cachent derrière tout ça. Le pouvoir politique a largement pris possession du spectacle du terrorisme. Les principaux groupes terroristes sont de plus en plus infiltrés, comme celui de Abu Nidal par le Mossad Israëlien, ce qui fait que ce jeu obscène peut continuer en leur nom.
-C'est un jeu à deux directions, car les terroristes utilisent cette méthode de fonctionnement en particulier pour attirer l'attention des médias et devenir visibles.
-Oui, au début, car on mettait des noms et des visages sur le terrorisme: Ulrike Meinhof, Leila Khaled, Kozo Okamoto ou Mouna Abdel Maid... Ils faisaient la une dans tous les mass média, puis nous sommes passés des détournements d'avions aux bombes anonymes dans des valises, qui n'étaient revendiquées par personne. C'est ainsi que les grands pouvoirs politiques se sont appropriés ces attaques pour propager leurs causes. C'est pour cette raison qu'on a de plus en plus affaire à un jeu des médias dans lequel n'importe qui peut se trouver impliqué. L'image des terroristes est remplacée par des mouvements de foule. Comme avec Don DeLillo, où l'écrivain est perdu comme un sujet face au mass média. Il s'interroge sur la nécessité d'écrire et sur le destin de l'individu à un moment où l'histoire a été engloutie par une culture de désastre. Par exemple, souvenez-vous des jeunes mariés en voyage de noces aux Comores qui ont eu la chance de filmer un Boeing pris en otage qui a sombré en mer. Ils ont immédiatement été invités par CNN. De nos jours, avec la récente révolution des caméras, les spectateurs peuvent envoyer leurs propres petites catastrophes et faire ainsi partie du média. Les héros ne sont plus les terroristes, mais les spectateurs, ou même l'image elle-même. La relation avec l'histoire est éliminée, en faveur de l'image. Virilio a écrit que chaque nouvelle technologie invente son propre désastre, par exemple, l'invention de l'avion a mené à l'invention du crash. Avec l'apparition de la télévision, une autre relation entre la mort et le désastre a été inventée. Ainsi, dans le cas de la Guerre du Golfe, la distance entre l'événement et la caméra, fixée à l'extrémité des missiles, semblait très proche, aussi proche que la mort peut l'êtreÌtandis que le spectacle a remplacé la distance critique et effacé le fait que cette guerre avait en premier lieu été engagée pour promouvoir la technologie de la guerre chirurgicale et relancer le dollar américain. Mise à part la revendication complice de la télévision pour la réalité, ce que les médias vendent, c'est l'histoire elle-même!
(Entrevue avec Pierre Bal-Blanc et Mathieu Marguerin, Blocnotes No.15, été 1998) © blocnotes
(translation: Mary Shovelin)
Johan GRIMONPREZ
Lost nation
Fiction expérimentale - dv - couleur - 17:00 mn - USA / Belgique - 2000
Les choses n'ont pas l'air d'aller bien pour les villages. Parce que la globalisation ne fait qu'accroître l'importance des principales grandes villes, et qu'émerge également une périphérie qui court le danger de perdre contact avec les événements du monde. Il y aurait des chances que Lost Nation ne soit pas seulement une métaphore possible de la globalisation, mais également le nom du parfait exemple de choses locales: un petit village laid, littéralement au milieu de nulle part - Lost Nation, Iowa. Grimonprez est parti le visiter, muni d'une caméra vidéo, et il a été reçu par le maire de ce village de 467 habitants.
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